Cette guerre qui nous tend les bras

Nash :: repeat entrepreneur
6 min readOct 20, 2022

Cette génération née dans une monde pacifié et qui nous mène à la guerre.

Qu’il s’agisse de diplomatie de chefs d’état, qu’il s’agisse de personnalités politiques nationales, qu’il s’agisse enfin des relations dans notre vie privée, nous avons banalisé la violence depuis ces 40 dernières années, et l’avons même érigée en solution directe à la résolution de problèmes.

Aujourd’hui, malgré tous les discours qui nous disent le contraire, à chaque étage, c’est « moi d’abord, les autres après ». Pour l’individu, pour le groupe constitué, pour l’entreprise, pour la société, pour la Nation, puis, si cette conscience existe, pour le groupe de Nations, c’est « moi, mon groupe, d’abord, le reste, on verra ! ».

Vous me direz que ça n’est pas nouveau, et vous aurez raison. Mais avant, on s’asseyait, on écoutait, on discutait, on composait, puis on parvenait à se mettre d’accord, trop conscient que l’on était de ce que pourrait donner un débordement.

Aujourd’hui, comme nous n’avons connu que la paix, le danger n’existe pas. C’est une fiction. Donc on peut rouler des mécaniques, molester, insulter et écraser l’autre, sans crainte… sans risque pourrait-on presque penser…

Si Vladimir Poutine en est l’illustration la plus évidente, non loin de Kim Jung-Un, des harangueurs extrémistes plus près de nous, de la Norvège à l’Italie, de la Hongrie au 10 Downing Street, et jusque dans l’hémicycle de notre assemblée, nous dessinent aujourd’hui un monde « normal » dans lequel il est tolérable d’asséner des ‘vérités’ définitives, de ne pas faire de compromis, de ne pas discuter, de taper d’abord et de ‘parler’ après.

On parle de la fissure qui se diffuse en Europe. Cette difficulté que l’on aurait à mener de grands projets transfrontaliers, à envisager une défense commune, à construire une gouvernance à plusieurs…

On parle d’intérêts non alignés, de préoccupations divergentes, ou bien encore de « coups de froid » sur les relations diplomatiques… On ressort ces jours-ci les notions de base venues du XIXème siècle définissant la diplomatie : « pas d’amis, pas d’ennemis, juste des intérêts à défendre ». Et l’on voit de mieux en mieux comment ce monde occidental qui n’a pas connu la guerre depuis presque 80 ans est en train de se transformer…

Depuis 40 ans, tous les survivants des guerres mondiales du XXème siècle sont morts, petit à petit, au fur et à mesure que se diluait la conscience de notre existence chanceuse, de notre lourde dette, de ce fantastique héritage que constituent en vrac : la paix, le progrès social, la santé, la construction commune d’un avenir souhaitable, le dialogue entre les peuples, les projets communs…

Il n’y a plus personne de vivant aujourd’hui, qui peut nous dire à quel point l’axe Paris-Bohn était la seule garantie de la paix même 10 ans après la fin de la guerre.

Il n’y a plus personne pour nous raconter l’intérêt de pardonner, de faire corps, de faire « ensemble », de s’écouter et se comprendre.

Il n’y a plus personne de vivant pour nous rappeler de vive voix l’horreur des guerres, des dérives politiques, des excès des hommes galvanisés par les haineux du siècle dernier.

La paix est aujourd’hui une chose due, un prérequis indiscutable, c’est une « non question ».

Même avec Poutine aux portes de l’Europe avec des chars et des missiles, c’est une évidence.

Il ne vient à personne l’idée qu’il peut être dangereux de cracher dans la soupe Européenne.

Il ne vient à personne l’idée qu’il est dangereux d’abandonner le civisme, la curiosité de l’autre, l’apprentissage des cultures, la collaboration internationale.

Il ne vient à personne l’idée que le compromis doit dépasser l’intérêt individuel afin de créer de la cohésion et de la cohérence.

La paix, c’est le leg naturel d’une Histoire que l’on apprend à peine à l’école. Des deux côtés du Rhin.

Sur ce terreau d’ignorance crasse et de certitudes prémâchées, le peuple s’habille donc de colères contemporaines qui constituent le lit rêvé de tout bellicisme dormant qui ne manquera pas de s’éveiller à la première occasion, au premier dérapage diplomatique…et pas forcément là où on l’attend.

L’ennemi ne sera forcément pas le méchant Russe, le fourbe Chinois ou le villain Coréen du Nord…

Non.

Il n’est pas compliqué pour un Anglais de détester à nouveau ouvertement les ‘frogs’ ; comme le Français n’a pas de problème pour revoir pointer les casques des ‘boschs’ ; qui eux, se feront un malin plaisir à tirer sur le ‘makkaroni fresser’… et toutes les haines européennes sempiternelles, que nos ainés ont passé 50 ans à effacer, reprendront aisément du poil de la bête et le relais de nos racismes ordinaires et nationaux qui finalement, sont des colères de substitution.

L’Allemagne, à juste titre, souhaite ne plus être dans une logique de culpabilité et entrer au concert des nations qui comptent au-delà de leur puissance financière… mais choisit des chemins individuels pour y parvenir (gaz, bouclier de défense anti-missile israélien, lenteurs du programme Scaf et de char…).

La France gouvernée depuis une dizaine d’année dans une logique d’autoflagellation pourrait lui ravir la place de « honteux » d’Europe en y laissant toute forme de fierté. (Parce que ce n’est pas dans l’air du temps, la fierté… les gens de ‘bon goût’ laissent ce sujet aux nationalistes !) Et dans le même temps, elle tente de rallier à sa cause les cancres financiers d’Europe du Sud, cristallisant ainsi les différences intolérables pour d’autres pays aux politiques budgétaires plus sages…

L’Italie, l’Angleterre, la Norvège, la Hongrie, tant de pays qui ont l’impression qu’il n’y aura aucune conséquence à se laisser aller à la liberté de vociférer, meugler, baver et de fouler du pied l’Histoire, et les Hommes tombés pour qu’aujourd’hui ce droit leur soit assuré, tant de pays donc, qui fissurent chaque jour davantage la laborieuse unité des démocraties chancelantes de la vieille Europe.

La crise du Covid avait laissé voir le meilleur de la solidarité Européenne… évidemment, ces boucliers et mécaniques de défense des peuples déployés face à la pandémie n’ont jamais été clairement expliqués à la plèbe qui continue de penser que l’union leur fait du mal, leur veut du mal et les entraine à leur perte !

C’est dommage.

Mais aujourd’hui, quand les dirigeants démocrates emploient le mot « pédagogie », on leur renvoie à la gueule depuis les bords extrêmes qu’ils « infantilisent » leur peuple.

Quelle connerie ! Cercle vicieux de la culture du faux, du degré zéro de la réflexion, parasite de l’inculture, et qui se nourrit de la crédulité et des anxiétés des faibles…

Avec une porosité incroyable, jusqu’aux sommets… comme en témoignera prochainement l’échec d’une des plus ´sélect’ des réunions mondiales.

Dans quelques jours se tiendra un G20 des chefs d’états, durant lequel les Américains ne parleront pas aux Saoudiens, durant lequel la Russie ne mettra peut-être pas les pieds, durant lequel les abstinents Indiens et Sud-Africains, les Chinois observateurs tendus, ne seront évidemment pas sur la même ligne que l’organisateur Indonésien… un G20 durant lequel on ne sait même pas si les pays Européens arriveront solidaires et menant un seul et même combat, tant le dialogue entre la France et l’Allemagne se grippe régulièrement ces derniers temps…

Cet éclatement, ces divergences, ces régimes autoritaires sur tous les continents, ces pays « mous » qui se disent les « gentils » du scénario, ces « pays continents » capables de tout faire péter, ces pays oubliés ou sous influence qui cherchent une manière d’exister et se faire entendre, les sous-jacents historiques et religieux, tout ceci n’est pas sans rappeler les pires heures du XXème siècle… en plus effrayant.

L’ONU, depuis quelques années a ajouté l’inaudible à l’impuissance… sorte de fantôme d’une SDN tant moquée en son temps !

Poussés par des peuples ignares n’ayant pas connu la guerre, les gouvernants actuels, fruits eux aussi d’une ère pacifique, nous pousseront-ils au conflit mondial ? La crise que nous connaissons là, post-covid, neo-Ukrainienne, n’est-elle pas l’apéritif d’une orgie militaire, comme le furent en leurs temps l’annexion des Sudètes et l’attentat de Sarajevo ?

Je ne le souhaite pas. J’attends toujours ce président élu d’une Europe forte et lucide, capable d’être fière d’une réussite Grecque, d’un exploit Irlandais et d’un record Portugais, à la tête d’une armée unique puisant sa puissance dans les collaborations internes des meilleures expertises de tous les pays, fondamentalement installée dans notre quotidien au-delà de la monnaie, par l’impôt, la gouvernance…

Mais je ne sens pas souffler ce vent d’urgence et de nécessité, de nulle part.

Peut-être faudra-t-il une guerre pour que l’on se remette à penser correctement ? Sommes-nous, à ce point, fous ?

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